Le marché immobilier a rarement des mouvements brusques. Il évolue par étapes : les prix s’ajustent, les taux varient, les acheteurs s’adaptent.
Et puis, parfois, un changement plus discret vient modifier la manière dont on regarde un bien.
C’est ce qui se passe aujourd’hui avec la performance énergétique.
Depuis peu, ce n’est plus simplement un critère technique ou un argument de vente. Ce n’est plus un sujet secondaire.
C’est quelque chose qui se ressent directement, dans les factures, dans les calculs des acheteurs, et dans la manière dont un bien est évalué.
Petit à petit, sans rupture visible, cela change la façon de lire le marché.
C’est exactement ce qui se joue aujourd’hui avec l’efficacité énergétique.
Depuis 2025-2026, les règles de construction ont évolué au Québec. En parallèle, le coût de l’énergie continue de monter.
Résultat : le prix d’achat ne suffit plus à lui seul pour juger un logement. Il faut aussi regarder ce qu’il va coûter au quotidien, dans le temps.
Dans ce contexte, le neuf ne représente plus simplement une alternative récente. Il s’inscrit dans une logique différente, qui tend à redéfinir les équilibres du marché.

Le point de départ de cette évolution est réglementaire.
Avec le nouveau chapitre ajouté au Code de construction par la Régie du bâtiment du Québec, le niveau d’exigence a clairement changé.
Aujourd’hui, un bâtiment neuf doit consommer beaucoup moins d’énergie qu’avant autour de 40 % de moins.
Et derrière ce chiffre, il n’y a rien d’abstrait.
Ce sont des choix très concrets dans la manière de concevoir et de construire les logements.
Ce qui est déterminant ici, ce n’est pas uniquement l’amélioration technique.
C’est le fait que cette performance devient obligatoire.
Autrement dit, le neuf de 2026 repose sur un niveau minimal de qualité énergétique élevé et uniforme

Pour comprendre ce que ces normes changent vraiment, il faut regarder où part l’énergie.
Au Québec, le chauffage représente à lui seul entre 50 % et 70 % de la consommation d’un logement
Cette proportion change la perspective.
Elle signifie que la performance énergétique d’un bâtiment ne joue pas à la marge. Elle agit directement sur le principal poste de dépense.
Un logement mal isolé perd rapidement sa chaleur. Il doit donc consommer davantage pour maintenir une température confortable. À l’inverse, un bâtiment bien conçu conserve mieux l’énergie qu’il produit.
La différence ne se voit pas nécessairement au moment de l’achat. Elle se révèle dans le temps, à travers des factures plus ou moins élevées, mais surtout plus ou moins stables.
Et c’est précisément cette stabilité qui devient un enjeu.
À cette réalité structurelle s’ajoute une tendance de fond : la hausse du coût de l’électricité.
Les ajustements annoncés par Hydro-Québec confirment cette trajectoire, avec une augmentation de 3 % en 2026.
Cette évolution agit comme un amplificateur.
Dans un logement énergivore, chaque hausse se répercute directement sur les dépenses. Dans un logement performant, l’impact est atténué.
Avec le temps, cet écart tend à se creuser.
Ce qui était auparavant une différence secondaire devient progressivement un facteur déterminant dans le budget des ménages.
Dans ce contexte, la comparaison entre immobilier neuf et ancien évolue.
Le parc ancien est par nature hétérogène. Certains logements ont été rénovés, d’autres non. Les niveaux d’isolation varient, tout comme les systèmes de chauffage. Cette variabilité rend les coûts énergétiques difficiles à anticiper.
Elle introduit aussi une forme d’incertitude.
Dans le neuf, la situation est différente. Les normes imposent un cadre clair. Les performances sont connues, les consommations mieux maîtrisées, les charges plus prévisibles.
Des analyses montrent que les économies réalisées sur le chauffage peuvent compenser une partie du différentiel de prix à l’achat.
Cela ne signifie pas que le neuf est systématiquement plus avantageux dans l’immédiat.
Mais cela introduit une notion essentielle : celle du coût global.
Un bien immobilier ne se résume plus à son prix d’acquisition. Il doit être évalué à travers l’ensemble des dépenses qu’il générera dans le temps.
Ces évolutions commencent à influencer la manière dont les acheteurs abordent leur projet.
La performance énergétique, longtemps reléguée au second plan, s’intègre progressivement dans l’analyse. Elle devient un indicateur du coût futur, mais aussi de la qualité globale du bien.
Certains acheteurs vont plus loin et cherchent à anticiper les évolutions réglementaires et économiques. Ils ne regardent plus uniquement le bien tel qu’il est aujourd’hui, mais tel qu’il sera perçu demain.
Cette évolution reste progressive.
Mais elle est cohérente avec le contexte global, où les questions énergétiques prennent une place croissante dans les décisions économiques.
Le programme LogisVert a notamment été renforcé pour faciliter l’installation d’équipements plus performants, comme les thermopompes, y compris pour certains locataires.
D’autres investissements sont également prévus pour encourager les rénovations écoénergétiques.
Ces mesures jouent un rôle important.
Elles permettent d’améliorer progressivement le parc existant et de réduire l’écart avec les constructions neuves.
Mais elles ne modifient pas un élément fondamental : le neuf intègre déjà ces exigences dès sa conception.
Le marché immobilier québécois ne change pas du jour au lendemain. Mais il évolue en profondeur.
Peu à peu, l’efficacité énergétique prend une place centrale. Parce qu’au fond, elle relie directement un logement à ce qu’il coûte réellement une fois habité.
Dans ce contexte, le neuf ne se distingue plus seulement par son état ou sa modernité. Il repose sur des standards pensés pour répondre aux contraintes actuelles, mais aussi à celles qui arrivent.
À mesure que le coût de l’énergie augmente et que les exigences se renforcent, cette dimension devient de plus en plus difficile à ignorer.
Et c’est probablement là que le marché est en train de se transformer : moins dans le prix affiché, que dans la capacité d’un bien à rester viable dans le temps.
Enzo est cofondateur de Vistoo. Avec plus de cinq ans d’expérience dans l’industrie, il maîtrise autant le marché locatif que le marché des ventes, en plus d’avoir une solide expérience en construction et gestion immobilière. Diplômé en marketing, il a aussi réalisé plusieurs projets universitaires liés à l’immobilier.
Quand il ne travaille pas sur Vistoo, vous le trouverez sur un terrain de soccer, à faire du sport, ou avec son laptop en voyage, incapable de vraiment décrocher du travail.